Mourir pour soi

Collaborateurs : Lamothe, Nicole | Moreco, Lina B. | Office national du film du Canada

Mourir... À peine en évoque-t-on l'idée qu'aussitôt on s'empresse de l'occulter. Mais lorsque vivre signifie mourir à petit feu, perdre toute autonomie, voir se dégrader l'image que l'on a de soi, la mort devient parfois la délivrance ultime. Testament biologique, acharnement thérapeutique, euthanasie active, euthanasie passive, quelle liberté de choix notre société nous offre-t-elle? Avec courage et générosité, des malades gravement atteints nous parlent de qualité de vie et de leur volonté de mourir dignement. En parallèle, des médecins proposent une approche plus humaine, moins contrôlante, de la maladie et de la mort. D'où la possibilité de mourir comme nous l'avons choisi.


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L'accompagnateur

On a surnommé Stephen Jenkinson l'Ange de la mort. Qu'il soit au chevet d'une mourante ou qu'il s'adresse à des cliniciens dont le métier est de faire échec à la mort aussi longtemps que possible, Jenkinson livre un message que la plupart des gens ne veulent pas entendre : on ne doit pas nier ou fuir la mort, mais plutôt «s'en faire une amie». Nous sommes à l'époque où la génération la plus nombreuse de l'histoire - les enfants du baby-boom - commence à sentir l'approche de la vieillesse et de la mort. Tim Wilson, le réalisateur de Griefwalker, dresse un portrait saisissant de son vieil ami Jenkinson, et de son travail auprès des mourants. La trame du film repose sur l'acharnement du cinéaste à nier sa propre mort, même après avoir failli perdre la vie suite à une maladie subite, et alors qu'il doit affronter la mort imminente d'un de ses proches. Jenkinson - un théologien, formé à Harvard, qui a pris du recul à l'égard des religions occidentales - affirme qu'une «faille existe à l'intérieur de la plupart d'entre nous, et qu'on pourrait la situer à proximité de l'âme». Il soutient que la mort nous permet de mieux vivre, que nous devons payer un tribut au deuil, que nous devons l'assumer pour être en mesure de vivre pleinement nos vies. Le film nous convie à côtoyer des personnes confrontées à la mort, qu'il s'agisse d'une femme qui, grâce à sa foi, est persuadée qu'elle «va vers la Lumière», ou de parents que Jenkinson arrive à persuader de ramener leur bébé à la maison, et d'accepter de le laisser mourir. Nous suivons Jenkinson, version moderne de Grey Owl, alors qu'il pagaie, installé dans son canot en bouleau d'écorce, fabriqué de ses propres mains. Nous le suivons lorsqu'il s'adresse, tel un prophète, à des cliniciens en conférence, soutenant que certaines cultures, à l'opposé de la nôtre, ne craignent pas la mort. Nier la mort nous empêcherait de lui donner la place qui lui revient. Juxtaposant de magnifiques images qui illustrent le caractère transitoire de la nature à quelques scènes douloureuses mais sobres de personnes qui se meurent, Griefwalker tisse un portrait éclairant d'un homme remarquable. Ce film nous laisse avec l'impression de mieux comprendre en quoi la mort est un «bien précieux».

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